Le téléphérique vue droneLe téléphérique vue drone
©Le téléphérique vue drone|Olivier Miche
Légendes & histoires localesLe téléphérique du Salève
Légendes & histoires locales

Le téléphérique du Salève

Cet été, les Monts de Genève sont orphelins de leur attraction phare : le Téléphérique du Salève.
Fermé pour rénovation, il reviendra plus fort au printemps 2023. En attendant, envolez-vous pour découvrir l’histoire de cet incontournable du Salève. De sa création à sa rénovation, prenez place et plongez au cœur des secrets de cette star locale.

Vaincre la verticalité :

Un pari fou

Longtemps privilèges des marcheurs aguerris, les panoramas uniques du Salève n’étaient atteignables que par les sentiers de randonnée. Il aura fallu se creuser les méninges pour rendre les hauteurs accessibles au plus grand nombre.

Le train à crémaillère est la première option retenue pour partir à l’assaut du relief. Dès sa conception, il remporte un vif succès avec sa visée résolument touristique et moderne. Il transporte ainsi les voyageurs endimanchés entre Monnetier et les Treize arbres de 1892 à 1935. Le train va ensuite desservir la gare d’Étrembières puis celle de Veyrier grâce à un second tronçon ajouté en 1894, permettant ainsi aux genevois de visiter le Salève sans aucune difficulté douanière grâce à la zone franche. L’affluence est grande jusqu’en 1912, il faut dire que la vue sur la campagne genevoise vaut le détour et les touristes y découvraient avec admiration l’iconique jet d’eau dont Genève s’est dotée en 1891 ! Fort de cette attractivité nouvelle, le Salève est choisi par de nombreux limonadiers, restaurateurs et hôteliers afin d’installer leurs enseignes monnayant ainsi le répit des promeneurs. Hélas, la première guerre mondiale embrase l’Europe et la fermeture de la frontière suisse amorce le déclin de la fréquentation du train à crémaillère. À la fin du conflit, la reprise ne parvient pas à éponger les pertes. L’avenir du train à crémaillère est remis en question.
La traction d’un tel équipement par voie terrestre n’est pas chose aisée et malgré la prouesse que constitue le train à crémaillère, la durée de trajet questionne à l’heure où l’on découvre les plaisirs automobiles : les temps de trajets du train sont beaucoup trop longs !
Il faut une heure pour atteindre la gare supérieure contre trois à pied… Cette problématique vient éveiller l’ambition des genevois. C’est dans les années 20, que l’ingénieur Maurice Delessert a une idée lumineuse : si l’on créait un « chemin de fer aérien » ?
Il faut plus d’une décennie pour que cette proposition innovante se concrétise. Ce projet est ainsi financé par l’entrepreneur Haut-Savoyard, Auguste Fournier qui croit à la force du projet.
Aujourd’hui, il est encore possible de contempler les vestiges des ouvrages d’art du chemin de fer du Salève au travers de l’itinéraire de randonnée historique « le Chemin du Funiculaire ».

L’avant-garde

au sommet !

Soutenu par près de 200 actionnaires, Auguste Fournier s’entoure d’une équipe solide pour mener à bien la construction de ce qu’on appelle désormais un téléphérique. Pour obtenir le cocktail idéal entre art et technique, il fait appel au téléphériste français André Rebuffel et à l’architecte suisse Maurice Braillard.

Pendant qu’André Rebuffel s’attèle à imaginer un retrait pour résoudre la problématique de la portée sur un relief réputé peu stable, Maurice Braillard lui donne ses airs modernistes et triomphants. Dès les croquis, le caractère singulier de l’édifice est évident : ancré dans les flancs du Salève, sa hampe illuminée défie le vide à la vue de tous les genevois ! Cette ambition rencontre néanmoins quelques détracteurs mais dès l’inauguration en grande pompe le 23 août 1932, le téléphérique du Salève est plébiscité par les touristes ! Saisis par le contraste entre la douce montée aérienne et la monumentalité de sa gare supérieure, les voyageurs se laissent ensuite saisir par cette vue époustouflante. L’année de l’ouverture, un 29 octobre, le journaliste Joseph Kessel livre son ressenti dans le Messager : « Ce fut comme un avion: les maisons s’aplatirent; le paysage s’élargit de seconde en seconde, le radeau aérien montait, glissant sur cet incroyable fil qui portait notre vie. Grand lac bleu aux courbes sinueuses, campagne d’un vert nourri et tendre, monts qui se découvraient gradin par gradin et, de tous côtés, le ciel, voilé qui s’offrit à moi tandis que couchés sur les planches frémissantes, penché sur un beau gouffre qui se creusait davantage à chaque instant, j’interrogeais l’espace ».

Il aura fallu moins de dix minutes pour accéder à ce trésor paysager et l’on se presse en nombre aux portes des cabines pour vivre l’expérience du grand air démocratisé ! Cette période de faste s’achève brutalement dans les années 40, les oisifs désertent ce point de vue chassés par les troupes allemandes en observation. L’exploitation du téléphérique est alors suspendue et sa reprise est fortement impactée par une concurrente en plein essor : la voiture individuelle. En 1975, on abandonne cet équipement devenu vétuste et déficitaire mais le souvenir des balades dominicales au téléphérique du Salève reste gravé dans le cœur des genevois.

Une coopération Franco-Suisse

réussie

Dénué de ses fastes passés, le téléphérique trône tristement sur les hauteurs genevoises. Pourtant les volontés de lui rendre ses fastes sont nombreuses et présentes de part et d’autre de la frontière. Grâce à une étude de marché lancée par le baron Edmond de Rothschild, on entrevoit un horizon radieux et prospère pour le bâtiment qui avait été acheté par la ville d’Annemasse. Bien entendu, cela nécessite une rénovation complète du site et les volontés politiques s’unissent grâce aux interventions conjointes du canton de Genève et du conseil départemental de Haute-Savoie. La station inférieure est remplacée ainsi que l’intégralité du système technique, seule la station supérieure conserve son allure originelle signée Maurice Braillard. Couleurs et parures ont évolué, et les visiteurs découvrent des cabines vertes spacieuses de 60 places lors de l’inauguration le 6 avril 1984.

Un vaste parking permet aux touristes de s’épargner les routes sinueuses et l’anxiété du stationnement. Les genevois retrouvent avec plaisir cette infrastructure et le téléphérique s’impose comme un site incontournable pour les voyageurs cosmopolites. En 2007, la création du groupement local de coopération transfrontalière (GLCT) composé du canton de Genève, d’Annemasse Agglo et de la commune de Monnetier-Mornex, donne une dynamique exponentielle à la fréquentation. On passe tout bonnement de 90 000 voyages en 2005 à près de 290 000 en 2018 ! L’appel du grand air séduit sportifs, artistes et promeneurs tandis que le confort du site permet aux plus citadins d’entre nous de profiter d’un dépaysement rapide à la table d’un bon restaurant. De plus, ce téléphérique répond à des attentes nouvelles : le développement durable & l’accessibilité aux handicaps.

Mentalités et usages changent au point que l’on décide de ralentir la vitesse des cabines, et oui… Il faut avoir le temps d’immortaliser le paysage en photos ! L’histoire de ce site touristique est marquée par une alternance entre un avant-gardisme rayonnant et une désuétude mortifère, c’est pourquoi le GLCT a décidé de casser ce cycle en proposant une nouvelle expérience dès 2023 !

Téléphérique 2023 :

un projet à la hauteur

C’est avec une hâte non dissimulée que nous vous parlons de ce projet ! Fermé depuis septembre 2021, le téléphérique du Salève devrait reprendre du service dès le printemps 2023 et comme vous allez le découvrir, c’est un équipement touristique grandiose répondant aux nouvelles exigences de qualité, de durabilité, de transmission et d’accessibilité qui doit voir le jour… Maurice Braillard en avait rêvé, le cabinet DDA architectes le fait ! Le téléphérique sera doté d’un restaurant panoramique dans la proue ainsi qu’un belvédère à 360° au sommet de la station.

Berceau de la varappe, on y trouvera également un mur d’escalade de 20m de haut ! Petits et grands pourront en apprendre plus sur cet environnement classé Natura 2000 grâce à la création d’un espace muséo de 150m² mais aussi d’un jardin botanique sensoriel en partenariat avec la Maison du Salève. Pour faire vivre cet espace tout au long de l’année, une salle séminaire donnera aux entreprises l’occasion de travailler dans cet écrin de verdure ! De nombreuses surprises attendent également les habitués du Salève notamment les cyclistes et parapentistes…

Ne manquez pas cette réouverture !
Nous, nous y serons ! Et vous ?

Restauration, sport, randonnée, paysage et culture, il y a des milliers souvenirs à se fabriquer au Salève… Malgré la fermeture temporaire du téléphérique, vous pouvez profiter de ce doux relief affectionné des locaux.

Durant la fermeture, vous pouvez vous rendre au Salève en voiture, à vélo ou à pied !

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